Deuxième baromètre de la relation France-Allemagne
Zweites Barometer der deutsch-französischen Beziehungen
© David Beloso/ParisBerlin
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Ce baromètre de la relation France-Allemagne est le deuxième du genre. Nous l’avons réalisé cette fois avec l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) et l’avons donc délibérément orienté sur des questions qui concernent cette population en ciblant un panel de 1 500 jeunes de 15 à 34 ans : 750 côté Allemagne ; 750 côté France. S’il confirme des intuitions partagées par le plus grand nombre, il réserve aussi, et c’est l’utilité de ces baromètres, quelques surprises. Tout d’abord, on ne s’étonnera pas que les jeunes Français (et les hommes plus que les femmes) associent prioritairement l’Allemagne à un modèle économique contrairement aux jeunes Allemands : la crise est là et le débat sur le modèle allemand, rebattu ces derniers mois a, à cet égard, porté ses fruits et convaincu. Pour les jeunes Allemands, la France est, elle, avant tout associée à l’art de vivre et au tourisme : les (bons) clichés ont la vie dure. Plus étonnant peut-être, le fait que les Français de 15 à 18 ans associent en premier lieu l’Allemagne aux conflits du XXe siècle (mais il est vrai que c’est un aspect important des programmes de lycées) alors que les 19-24 ans et 25-34 citent en premier le modèle économique, les conflits arrivant en deuxième place. Sur l’aspect connaissance du “pays d’en face”, les Allemands l’emportent largement puisqu’ils sont majoritaires à déclarer une bonne connaissance de la France contre seulement 39 % des répondants français qui affirment la même chose concernant l’Allemagne. Avec toutefois une tendance positive à noter qui tend à prouver que les choses bougent : ce sont les plus jeunes qui restituent une bonne connaissance du pays frontalier.
INTÉRÊT POUR LA LANGUE DE L’AUTRE
Par contre, de gros progrès restent à faire concernant l’apprentissage de la langue. Et seul l’argument des “meilleures perspectives professionnelles” semble être une motivation pour apprendre le français ou l’allemand. Une tendance qui grandit à mesure que le panel rajeunit. Cela dit, et contrairement aux Français, les Allemands manifestent un pur intérêt pour la langue de leur voisin, et ce, surtout pour les jeunes Allemandes (près de 40 %). Ce qui est loin d’être le cas côté français. De fait, on ne s’étonnera pas que beaucoup plus d’Allemands que de Français déclarent pratiquer la langue de l’autre… D’autant que les chiffres de l’apprentissage scolaire jouent un rôle évident : environ 14 % des Français apprennent l’Allemand à l’école, contre près de 20 % d’Allemands qui apprennent le Français dans le système scolaire. Quoi qu’il en soit, et sans surprise, c’est l’anglais qui écrase toutes les autres langues étrangères avec un presque 100 %. Alors que faire pour améliorer et la connaissance mutuelle et l’intérêt linguistique ? Les rencontres franco-allemandes entre jeunes, les échanges linguistiques, la coopération politique sont littéralement plébiscités. Des rencontres qui ne pourraient que consolider la bonne perception globale des relations franco-allemandes. Plus des trois quarts des jeunes les trouvent bonnes avec une petite nuance : la perception est meilleure en France chez les 15-18 ans que chez les 25-34 ans, en Allemagne, c’est l’inverse. Des chiffres à pondérer par le fait que cette relation ne leur semble pas exclusive, ni privilégiée. Surtout côté allemand. Et si on compare ces chiffres à notre précédent baromètre, ils nous interrogent : en effet, en décembre 2011, 68 % des 18-34 ans français estimaient que les deux pays entretenaient une relation privilégiée (vs 56 % dans cette vague) et 60 % des 18-34 ans allemands avaient la même opinion (44 % dans cette vague). Les “discussions” de ces derniers mois ont sans doute joué un rôle… négatif. Les questions politiques sont à ce stade centrales, les jeunes sentent nos différences, et il n’est pas étonnant que très peu de nos répondants militent pour un gouvernement franco-allemand qui doit leur sembler bien irréaliste. Même si, au global, les jeunes Français semblent moins négatifs que les jeunes Allemands (78 % / 88 % ne souhaitent pas un gouvernement franco-allemand), cela ne semble pas leur poser de problème majeur, ni être une de leurs priorités. On note aussi un manque de curiosité : moins de la moitié des répondants demandent que les chaînes de télévision relaient plus d’informations sur le pays partenaire, voire, pour ce qui est des Français, ils se désintéressent presque de toute programmation musicale en langue allemande à la radio. Cela est un peu moins le cas côté allemand.
L’IMPORTANCE DE L’EUROPE
Plus que dans le bilatéral, il semble donc que les points de convergence soient à trouver dans la notion d’Europe. Et là, les deux populations associent l’Europe en priorité à la liberté de voyager et de travailler partout dans l’Union. Avec une nuance de plus côté allemand qui associe l’Europe, ex-æquo en première position, à la paix. Arrivent tout de suite après, l’importance accordée à l’Europe en matière de droits des citoyens, de poids politique, d’économie. Il est également intéressant qu’en ces temps de montée des nationalismes de tous bords, les jeunes ne craignent pas de perdre leur diversité culturelle sur l’autel de l’Europe. Par contre, ils rejoignent l’idée convenue d’une Europe administrativement trop lourde… même si cette idée semble être moins prégnante pour les plus jeunes. Au final, les jeunes Allemands et Français reconnaissent donc les faiblesses de compréhension, de maîtrise linguistique entre eux mais ne s’en affolent pas. Car ils ne sont pas inquiets sur leurs vraies proximités et leurs concordes et se retrouvent naturellement et globalement sur l’idée européenne. Le monde de demain est, pour eux, européen plus que franco-allemand. Pour preuve, le désir de vivre en France pour les Allemands ou en Allemagne pour les Français, est très faible et identique : 7 %. Pour preuve également leurs différences d’option en la matière : les Français citent en premier l’Espagne quand on leur demande dans quel pays ils aimeraient vivre en dehors du leur. Les Allemands, la Grande- Bretagne. Bref, ils sont ouverts, tolérants et pragmatiques et leur argument premier pour affronter le futur reste le travail. Qui s’en plaindra ?
