L’Europe, un capital politique qui donne 50 ans d'avance
INTERVIEW MIT FRANÇOIS DE MAZIÈRES
© Melanie Frey
Quel bilan faites-vous du colloque de Versailles ?
Je me félicite de la qualité de notre collaboration avec le magazine ParisBerlin et avec son directeur Olivier Breton. L’implication de nombreux intervenants politiques, économiques ou médiatiques, mais aussi la forte participation du public : près de 700 personnes, dont beaucoup de jeunes, inscrits dans des établissements d’enseignement internationaux, ont largement marqué le succès de cette journée d’échanges. Ces Rencontres France-Allemagne du 50e anniversaire du Traité s’inscrivent parfaitement dans la continuité de la séance exceptionnelle des deux assemblées française et allemande, réunies également à Versailles lors du 40e anniversaire du Traité. J’ai également éprouvé un sentiment d’espoir pour la jeunesse : les enjeux du bilinguisme, l’importance des échanges culturels, des filières d’excellence, le rôle des médias dans la conscience européenne, ont été soulignés au cours des ateliers. Les lycéens eux-mêmes ont formulé des propositions pour renforcer le couple franco-allemand, parmi lesquelles la valorisation de l’apprentissage, en France comme en Allemagne, ou le renforcement de la reconnaissance mutuelle des diplômes.
Qu’avez-vous retenu concernant la situation des relations franco-allemandes ?
Ces Rencontres sont intervenues 50 ans, quasiment jour pour jour, après le discours fondateur de réconciliation du général de Gaulle à Ludwigsbourg et au moment même où la Cour constitutionnelle allemande donnait son feu vert au Mécanisme européen de stabilité, un accord indispensable pour mettre en place cet outil central du dispositif de préservation de la zone euro. Dans un monde traversé par de grandes tensions, il faut resserrer les liens entre nos deux nations, car nous vivons des heures délicates pour la construction européenne, où le moteur franco-allemand doit démontrer toute sa solidité. Ces relations ne vont pas de soi, l’Histoire ne nous l’a que trop appris, et doivent constamment être réactualisées. Elles restent porteuses d’enthousiasme et d’avenir pour nos deux pays, mais aussi pour les autres pays européens. Nos deux pays frontaliers sont conscients de l’importance de maintenir une convergence économique et cet axe de renforcement a été largement évoqué lors du colloque. Un dernier point : comme l’a souligné Dominique Wolton, l’Europe apprend à cohabiter malgré ses différences et cela n’a été fait nulle part ailleurs. C’est donc un capital politique inestimable, qui nous donne 50 ans d’avance à l’heure de la mondialisation et que nous devons faire fructifier.
Dans quelle mesure votre ville continuera-t-elle à s’engager sur cette voie ?
Nous répondrons toujours présent pour soutenir, dans la mesure du possible, les initiatives vouées à renforcer la relation franco-allemande. Nous envisageons, par exemple, de bâtir un jumelage avec la ville de Potsdam. Ce projet est encore à l’étude, mais le maire de Potsdam m’a récemment réaffirmé sa volonté d’identifier les moyens de rapprochement entre nos deux villes. Versailles est, par ailleurs, traversée quotidiennement par des dizaines de milliers de touristes et parmi eux, de nombreux Allemands. D’une manière générale, nous souhaitons cultiver notre capital de rayonnement international et valoriser la renommée de Versailles. Nous accueillerons ainsi, l’année prochaine, les Assises européennes du paysage et, en 2014, le Solar Decathlon, manifestation d’envergure mondiale d’origine américaine, autour de la recherche sur l’énergie solaire, sans oublier les actions de coopération initiées par les nombreuses associations versaillaises.
