THE SAVIOUR : UN HYBRIDE FRANCO-ALLEMAND ?

Rettet den Erlöser von Tempelhof

Rencontre avec la réalisatrice française Charlotte Roustang, qui vit entre Paris et Berlin. Elle raconte à ParisBerlin l'aventure de son moyen-métrage “The Saviour”, qui allie influences françaises et allemandes. Elle fait appel à la générosité du public pour financer sa post-production.

Réaliser un moyen-métrage en Allemagne est un travail de longue haleine et Charlotte Roustang ne manque pas de courage. Cette jeune Française, vivant entre Paris et Berlin, est la réalisatrice et coproductrice du nouveau moyen-métrage d’art et d'essai ‘’The Saviour’’, fruit d’une démarche laborieuse. Malgré un long parcours du combattant, Charlotte a réussi à concocter un premier film truffé de références de Nouvelle Vague, et d’une touche de vécu inspiré des films existentialistes. « The Saviour » est un film allemand sans vraiment l’être, et un nouveau genre qui ne manque pas de caractère.

 

COMMENT RESUMERIEZ-VOUS L’HISTOIRE DU FILM?

Paul a 37 ans et fête son anniversaire. Ce soir-là, son voisin Manuel - sensible à son mal-être - décide de lui raconter une histoire. Paul se projette dans cette histoire, et réalise qu’il est à l’amorce de la dépression. Il a tout pour être heureux, mais se sent oppressé, et se rend compte qu’il passe à côté de sa vie. Le film reflète un thème existentialiste où l’homme réalise qu’il est sur la mauvaise voie, confronté à sa réalité, et en distance avec sa vie.

 

LE PITCH DU FILM EST-IL BASÉ SUR DU VECU ?

Les thèmes existentiels ainsi que les conditionnements sociaux me rattrapent toujours. A 23 ans, j’ai suivi le parcours tracé en travaillant comme consultante et je me suis rendue compte, du jour au lendemain, que je n’étais pas heureuse. Voilà comment j’ai choisi d’être cinéaste, en réalisant que c’était ma vraie vocation. Récemment, j’ai rencontré un homme d’affaires qui gagnait bien sa vie et qui avait atteint ses objectifs sans toutefois réussir à donner un vrai sens à sa vie. Dans la même idée de donner un sens à sa vie, j’ai réalisé en 2008 un documentaire intitulé « Paris de femmes » croisant des portraits de femmes qui se sont lancées dans des activités qu’elles avaient réellement choisies, ne trouvant plus satisfaction dans le salariat classique et leur profession d’origine. Ces questions ont commencé à me hanter quand j’ai vu à l’adolescence le film « Soleil Vert » (Soylent Green) de Richard Fleischer qui anticipe l’aliénation d’aujourd’hui, et la dérive sociétale. «The Saviour» est aussi une combinaison de plein de choses: ma rencontre avec l’acteur du film Christoph Bach avec lequel j’ai travaillé lors du tournage de « Detroit» en 2002 et mon envie d’écrire un scénario pour lui, des films que j’adore, et de l’envie de capturer le parc de Tempelhof avant que l’endroit ne change.

 

THE SAVIOUR FAIT-IL REFERENCE À BERLIN QUE VOUS DÉCRIVEZ COMME « UNE VILLE QUI RÉVÈLE LES VÉRITÉS PROFONDES ET CONFRONTE L’INDIVIDU À SON NÉANT INTÉRIEUR » ?

Certes, Berlin séduit par son cosmopolisme et son bouillonnement culturel, mais nous livre souvent à nous-mêmes. C’est une très grande ville où les gens se laissent vivre, comme au sud de la France. On respire dans ses grands espaces, mais en même temps on s’y perd. Si on arrive à dépasser la confrontation avec le chaos et le néant, c’est là où on trouve notre vraie force. Ici, on est face à nous-mêmes, et le costume n’existe pas. A Paris, je gagne ma vie. À Berlin, j'oublie la pression sociale de Paris et je me concentre sur l'écriture de mes scénarios.

 

COMMENT AVEZ-VOUS FINANCÉ VOTRE FILM ?

Nous avons été financés par le BKM (office du gouvernement fédéral, ndlr) mais les besoins de ce film ambitieux nous ont obligé à dépasser le budget initial. Nous comptions aussi sur plus de financements mais la crise réduit les budgets ; d’autant plus quand il s’agit d’un moyen-métrage, format pour lequel les fenêtres de diffusion sont très restreintes : cela se limite à quelques festivals et quelques chaînes de télévision et les budgets des chaînes alloués à ce format sont souvent en dessous de la valeur réelle des films. Arte a émis le souhait d’acheter le film et nous sommes actuellement en discussion sur les conditions d’achat. Nous attendons aussi les résultats de crowdfunding qui s’avère être une démarche compliquée qui vampirise beaucoup de temps pour un résultat financier qui n’est pas conséquent. Par ailleurs,  j’ai constaté lors de ma démarche qu’un court-métrage en Allemagne n’est qu’un tremplin vers un long-métrage et nécessite la même démarche et le même nombre incalculable de dossiers qu’un long-métrage. Il est donc difficile de rentrer dans les frais d’un court-métrage ici alors qu’en France certaines boites de productions arrivent à vivre de leurs productions vu le système assez développé de subventions. Ici, les chaînes de télévision paient nettement moins, et sont moins enclines à diffuser les formats courts contrairement à la France où il est toujours possible de les vendre aux télévisions. Je constate en général que le cinéma allemand n’est pas suffisamment soutenu par son gouvernement et par ses télévisons.

 

CONSIDEREZ-VOUS LE FILM COMME UNE PRODUCTION ALLEMANDE OU UN FILM À VISAGE FRANCO-ALLEMAND ?

C’est drôle. Les Allemands disent que c’est un film français, et les Français y voient un film allemand. Mes références et mes influences sur le film sont variées, « Le feu follet » de Louis Malle, « Un homme qui dort » de Georges Perec, et le film danois « Festen » pour la scène d’anniversaire. Je pense que le film s’inscrit dans un genre nouveau, qu’on peut appeler « thriller dramatique existentiel ». Je me suis sans doute inspirée de la Nouvelle Vague française, mais j’y ai injecté le côté froid à l’allemande, le style intimiste à la française, et un regard caméra parfois inspiré de certains films américains. Je voulais surtout en faire un drame existentiel, sans suicide (rires).

 

Pour soutenir ce film:

Paola Frangieh participe à un programme de l'Institut Goethe dédié aux journalistes culture du monde arabe. Après quatre semaines de formation intensive à Berlin les participants sont accueillis dans des rédactions dans toute l'Allemagne. Pour en savoir plus sur ce programme http://www.goethe.de/ges/prj/ken/qua/kum/nan/de9414838.htm.
Paola Frangieh ist Teilnehmerin eines Fortbildungsprogramms, das das Goethe-Institut für Kulturjournalisten aus der arabischen Welt anbietet. Nach vier Wochen intensivem theoretischen Training in Berlin hospitieren die Teilnehmer in Kulturredaktionen in ganz Deutschland. Mehr über das Programm inkl. Blog unter http://www.goethe.de/ges/prj/ken/qua/kum/nan/de9414838.htm

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