Une amitié à l'épreuve
SCHWIERIGER KONTEXT FÜR DEN 50. JAHRESTAG DES ÉLYSÉE-VERTRAGS
© Anaïd de Dieuleveult
L’initiative de ParisBerlin d’inaugurer le 12 septembre un cycle de “Rencontres France-Allemagne” avec la ville de Versailles – ville symbole, a rappelé le maire François de Mazières, des heures les pires et les meilleures des relations entre nos deux pays – s’insère dans le mouvement d’introspection auquel les commémorations du Traité de l’Élysée, fondateur de la relation particulière qui unit depuis 50 ans la France et l’Allemagne, vont donner lieu au cours des prochains mois. Devant un public de jeunes venus des écoles internationales et des sections européennes des lycées du voisinage, cette rencontre a permis d’amorcer, en cette rentrée décisive pour l’avenir de l’Union européenne, le débat public qui va s’étaler jusqu’en janvier, date anniversaire du Traité, sur la manière dont les deux pays doivent continuer à œuvrer ensemble pour la poursuite de l’intégration européenne, comme ils l’ont fait ces cinquante dernière années. Elle a donné lieu à un appel adressé au président François Hollande, à la chancelière Angela Merkel et au Premier ministre Jean-Marc Ayrault.
JAMAIS CESSER LA DISCUSSION
La relation franco-allemande, a rappelé à Versailles Alain Juppé, l’ancien Premier ministre et ex-ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, n’est jamais totalement simple. “Il y a une responsabilité historique de l’Allemagne et de la France”, a-t-il dit, mais “leur convergence n’est pas spontanée, ne va pas de soi.” “Nous avons des intérêts divergents, des visions politiques et stratégiques différentes”, a souligné celui qui fut, lors de la création de l’UMP, en 2002, l’instigateur de son rapprochement avec la CDU, le grand parti de la droite chrétienne-démocrate allemande. D’où l’importance de ne jamais cesser la discussion. “Ce qui est important, c’est que le réflexe perdure”, a-t-il dit devant les grands témoins présents, le professeur Alfred Grosser, l’industriel Francis Mer, et bien d’autres.
Ces célébrations tombent dans un climat morose. La chancelière Angela Merkel et le nouveau président socialiste français, François Hollande, ont accepté de jouer le jeu pour se plier aux rendez-vous auxquels l’Histoire les convie cette année pour marquer les étapes qui ont conduit, il y a cinquante ans, le chancelier allemand Konrad Adenauer et le général de Gaulle à lier le sort de leurs deux pays pour prendre la tête d’un mouvement d’unification européenne à ses balbutiements. Ils se sont retrouvés à Reims le 8 juillet dernier pour y commémorer la venue solennelle du chef du gouvernement allemand, en 1962, et à Ludwigsburg le 22 septembre en souvenir du grand discours à la jeunesse allemande que le président français y avait prononcé, en allemand. “Nous voulons donner au Traité de l’Élysée toute la force nécessaire pour lui assurer un prolongement qui permette à nos deux pays d’être unis pour les prochaines décennies. Je suis très attaché à l’amitié franco-allemande”, a déclaré François Hollande le 23 août à Berlin en venant préparer la rentrée avec la chancelière.
UN CONTEXTE TENDU
Mais la crise a tendu les relations franco- allemandes, semé le doute sur les objectifs que chacun poursuit. La gauche française soupçonne les Allemands de vouloir profiter de leur position de force économique pour imposer un modèle de discipline qui ne sert à rien d’autre que de conserver leur avantage sans vision sur la finalité d’un projet européen capable de réconcilier les peuples de l’Union européenne avec celle-ci. L’Allemagne s’inquiète d’une France figée dans un modèle de développement économique qu’elle tarde à réformer et tentée, par faiblesse, de constituer avec les pays du Sud en crise un front anti-allemand.
On retrouve une crispation qui avait conduit la gauche en 2000 au Sommet de Nice, en pleine cohabitation entre le président Chirac et le Premier ministre socialiste Lionel Jospin, à prendre ombrage du succès du gouvernement SPD/Verts à imposer dans les traités la prise en considération du poids démographique des États dans le processus de décisions européennes, mettant fin à la règle de la parité des grands États. Pierre Moscovici, qui joue aujourd’hui un rôle central dans la crise de l’euro comme ministre des Finances et était à l’époque ministre des Affaires européennes, en a gardé un mauvais souvenir.
En se mettant d’accord in extremis sur le plan de sauvetage de l’euro lors du Sommet européen de juin, après l’élection présidentielle française, les Européens se sont pourtant engagés à mettre les bouchées doubles pour concrétiser d’ici la fin de l’année les nouveaux engagements pris en matière de discipline budgétaire, de relance, de renforcement de la gouvernance de la zone euro. Les semaines vont être chargées pour tenter de trouver un compromis en décembre sur le nouveau degré d’intégration dont a besoin l’Union européenne, malgré les doutes de ses citoyens, particulièrement dans les classes populaires, pour rester crédible. Il est à craindre que les célébrations du Traité de l’Élysée soient reléguées dans ce contexte, notamment par les médias, au second plan. Elles peuvent pourtant servir utilement de rappel à ceux qui seraient tentés de croire que seul un rapport de force permettra d’avancer.
