« LE CJFA, de nombreuses portes ouvertes et de belles opportunités »


mercredi 12 juillet 2017
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Situé à Sarrebruck, le Centre juridique franco-allemand (CJFA) est une institution centrale de communication entre les cultures juridiques française et allemande. Il est doté de deux chaires de droit : la chaire de droit privé dirigée par le Professeur Claude Witz et la chaire de droit public dirigée par le Professeur Philippe Cossalter, ainsi qu'une administration gérée par son administratrice générale Florence N'Diaye. Le professeur Cossalter revient sur le fonctionnement de cette institution atypique.


© Sciencepark

Dans le paysage des institutions de coopération européennes, en quoi le CFJA se démarque-t-il ? 


Son bilinguisme, son biculturalisme et ses capacités le rendent unique en Europe.  Au Centre juridique franco-allemand, sont enseignés simultanément les droits des deux pays. De nombreux programmes de coopération franco-allemande juridique existent : très souvent, il s'agit de programmes d'échanges où le droit allemand est étudié en Allemagne et le droit français en France. Notre particularité est que, dès la première année, les étudiants travaillent dans les deux langues et apprennent les deux cultures. Le CJFA a été la première institution universitaire en Allemagne où les étudiants pouvaient communiquer indifféremment en français et en allemand, tous les membres du centre étant bilingues. Avec trois enseignants français titulaires en poste à l'Université de la Sarre, le CJFA bénéfice d'une localisation géographique adéquate, lui permettant d'inviter plus de 20 enseignants chaque semaine à venir disposer leurs cours dans les mêmes conditions qu'une faculté de droit française. Le CJFA représente ainsi une base de formation solide pour un grand nombre de juristes franco-allemands – notre réseau unique de 2 000 Alumni le prouve – qui, ensuite, achèvent leur parcours dans d'autres universités.

Et après le CFJA, les étudiants continuent-ils leurs études en Allemagne ou en France?

Ils ont le choix ! Le CJFA propose une formation commune de base de deux ans à la suite de laquelle les étudiants sont libres de choisir leur voie : ils peuvent s'orienter vers une licence suivie d'une préparation pour le Staatsexamen, ou bien décider de suivre, après leur licence franco-allemande, un master 1 et 2 en droit public ou en droit privé en France. 

Aujourd'hui, l'expérience acquise depuis plus de 60 ans nous permet de dire que les étudiants prennent goût au droit étranger après leur séjour en Allemagne ou en France. De très nombreux diplômés, après leurs années d'études au CJFA, décident de compléter leur formation par des séjours de LLM dans d'autres pays, que cela soit un niveau européen ou mondial. En effet, dans un univers juridique concurrentiel, la maitrise de deux ordres et de deux langues ne suffisent plus. Les étudiants complètent volontiers leur double formation par l'apprentissage d'un autre droit, notamment anglo-saxon.

Pourquoi avoir choisi d'implanter le CFJA en Sarre ? 

Plus qu'un choix, il s'agit d'Histoire. De 1918 à 1935, puis de 1944 à 1957, la Sarre a été sous autorité française. L'université de la Sarre a été créée par l'université de Nancy en 1947 et est donc, originairement, une université française. Lorsque les Sarrois ont voté pour le rattachement à l'Allemagne en 1955, l'université de la Sarre est devenue, de fait, une université allemande tout en conservant une partie de son administration française. Aujourd'hui, nous avons une mission d'enseignement interculturel, c'est une belle opportunité de délivrer un diplôme français en terre allemande. Ce n'est donc pas le CJFA qui a été implanté en Sarre, c'est la Sarre qui a créé le CJFA. Il n'aurait pas pu naître ailleurs.

Créez-vous aussi des coopérations avec d'autres pays ?

En 2016, je suis allé à Tunis avec une délégation parlementaire sarroise. Dans ce cadre, j'ai visité l'Université internationale de Tunis. Ensemble, nous avons développé l'idée d'un système qui consisterait à envoyer les étudiants allemands francophones du CJFA au Maghreb et inversement, les jeunes juristes nord-africains en Allemagne. Dans ce contexte, la lanque française servira de moyen d'accès à la langue allemande dans le cadre d'un nouveau LLM « Deutsches Recht für Französischsprachige Studierende ». L'Université internationale de Tunis a créé, elle, un Master 1 spécifique "Droit des pays arabes".

À votre avis, serait-il possible et souhaitable d'harmoniser plus la formation des juristes entre l'Allemagne, la France et plus largement les autres pays européens ? 

A mon avis, une formation commune est difficilement envisageable. 
En premier lieu, le droit est une science humaine, mais il s'agit également d'une science "nationale", les systèmes juridiques diffèrent de pays en pays. Pour utiliser un exemple concret : un chimiste peut être formé en France ou en Allemagne, les règles chimiques restent les mêmes. Imaginer faire du droit indifféremment dans un pays ou un autre semble plus compliqué. Cela est également vrai pour le droit international et le droit européen : le droit de l'Union européenne n'est pas appliqué de la même manière en France et en Allemagne, des particularités nationales existent. Tant que le système juridique n'est pas révisé complétement au niveau européen et international, les études ne peuvent pas être harmonisées. 

En second lieu, en Allemagne, la matière du droit n'a pas été touchée par la réforme Bologna[1], nous sommes restés sur le principe du Staatsexamen. Tous les juristes allemands doivent étudier le droit civil, le droit pénal, le droit public. Le Staatsexamen demande de suivre l'intégralité des modules du cursus. Passer une année à l'étranger ne peut remplacer une année d'enseignement en Allemagne. En revanche, un jeune juriste français peut facilement réaliser sa troisième année à l'étranger, personne ne lui demandera de la refaire en France. En Allemagne, qui dispose d'une formation juridique très spécifique, le système Erasmus existe mais est dans la réalité, assez difficilement applicable pour les étudiants en droit.  

Cela vaut-il également pour les notaires et juristes déjà confirmés et inscrits au barreau ?

Oui, les règles nationales sont très spécifiques ; l'exercice des professions de notaire et d'avocat est différent entre les deux pays. Mais la connaissance mutuelle des deux systèmes est essentielle. C'est pourquoi le CJFA a été désigné en 2015 pour assurer, au nom du Conseil supérieur du notariat et de la Bundesnotarkammer, une formation continue franco-allemande des notaires. En 2016, c'est un accord entre l'Université, le Land de Sarre, les instances représentatives des avocats sarrois et le Barreau de Paris qui a fait du CJFA un organisme de formation continue franco-allemande pour les élèves avocats et les avocats.

Que diriez-vous à un étudiant qui hésite à s'inscrire au CJFA ?

Contrairement à d'autres formations franco-allemandes, le CJFA vous laisse de nombreuses portes ouvertes et de belles opportunités. Si vous venez chez nous, vous pouvez tout faire ! Si vous réussissez le CJFA, vous pouvez entrer en licence, en master, en France ou en Allemagne. Nous avons quatre Universités partenaires en France (Lorraine, Paris 2, Strasbourg et Toulouse) et les partenariats se multiplient, ce qui illustre notre attractivité. Vous avez donc toutes les options ouvertes tout en bénéficiant d'une formation de grande qualité. A mes yeux, le CJFA est comme une Grande école : elle est gage d'excellence et ouvre toutes les portes.

Les étudiants qui passent par le CFJA trouvent-ils facilement du travail ?

Les étudiants trouvent très rapidement un premier emploi. Il y a de nombreuses possibilités : avocats en France et avocats en Allemagne, sciences politiques, travail diplomatique. Les institutions européennes, par exemple, cherchent de nombreux profils bilingues. Le Luxembourg s'intéresse aussi aux profils franco-allemands. En droit luxembourgeois, les textes officiels existent en français et sont désormais également disponibles en allemand, ce qui offre de nombreuses possibilités d'emploi. La difficulté des étudiants du CJFA n'est pas de trouver un emploi mais d'en choisir un.

Quelle orientation stratégique prévoyiez-vous pour le CJFA dans les années à venir ?

Notre ambition première est la multiplication des filières précises et exigeantes pour répondre à des attentes très spécifiques. Le droit franco-allemand est une niche, mais à l'intérieur de cette niche il existe des domaines encore plus précis. Nous allons désormais, plus que la quantité d'étudiants, renforcer encore la spécialisation des filières.

La licence de droit sera proposée avec nos quatre Universités partenaires et d'autres qui nous rejoindront probablement bientôt. Sur ce socle seront construits des programmes de Master, ouverts aux étudiants extérieurs (c'est le LLM « Droit allemand pour étudiants francophones ») ou permettant à nos étudiants français et allemands d'approfondir leur spécialisation. C'est un grand nombre de filières que nous allons ouvrir, sur la base de programmes existants, afin de proposer des études adaptées aux envies et aux besoins des étudiants. C'est comme un arbre : un tronc que constitue notre licence et de nombreuses ramifications en Master.
 
Vous ne cherchez pas forcément à vous agrandir ?

Mon but n'est pas d'augmenter la taille, mais de faire éventuellement recruter de nouveaux profils, par exemple en créant des Master of Laws en augmentant les moyens pour répondre à des besoins spécifiques. Le développement stratégique est de maintenir le CJFA à son niveau d'excellence. Enfin, il y aura en 2018 un nouveau directeur à mes côtés, puisque le Professeur Claude Witz partira à la retraite. Le nouveau directeur viendra avec ses envies, son réseau et ses idées. Donc je ne sais pas exactement ce que l'avenir donnera, mais ce qui est certain, c'est que nous allons encore multiplier les projets.

[1] Un processus de rapprochement des systèmes d'études supérieures européens pour créer un Espace européen de l'enseignement supérieur.
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